C’est comme ça qu’on dit “ chéri” dans mon village natal, ka bayté, ma maison.
Dans mon autre village, on dit Ghallété (ma moisson)
Et ailleurs, encore, 7ayété, albé, 3youné, raou7é, 7achichet albé, nour 3aynayé…
Mais restons, pour l’heure, à Bikfaya, ce village de mon enfance, de mon adolescence, de ma courte vie de jeune mariée et de cette autre, tellement salvatrice, de jeune maman, puis de moins en moins jeune et, probablement, celui de mes vieux jours…si j’y arrive.
Bikfaya, nom composé en fait, très ancien, de langue syriaque.
Beit Kefaya, la maison en pierre ou la maison rocheuse.
MAISON. Quelle chance merveilleuse de posséder une maison en un temps où s’élèvent des immeubles qui ressemblent a des prisons!
C’est une maison ouverte, on entre, on sort, on est dedans, dehors, en un instant, elle renferme, avec le jardin qui l’entoure et sous le regard immuable des aïeux, Wanis et D3aibes, la mémoire de générations successives.
A l’occasion d’une nuit passée l à, dans un besoin pressant, urgent, impérieux et vital d’échapper à la tension de la ville et surtout à ses BRUITS ! Les souvenirs ont afflués, pêle mêle, sans chronologie aucune, s’emmêlant, se chevauchant, ignorant souverainement la notion de temps.
La fête des fleurs a Bikfaya, avec ses corseaux fleuris, son ambiance bon enfant et les amis qui affluaient de partout.

Les déjeuners de mouloukhie les dimanches, table ouverte.
Les ballades à Naas ou à Delb, à pied ou à vélo. Naas, célèbre pour son eau à haute teneur en fer et Delb, pour son sable rouge qui maculait, années après années, nos shorts et nos pantalons à force de dévaler les pentes sur nos arrière- trains !
Le chocolat mou de Bachir, bien avant qu’il ne devienne une chaîne.
Le cinéma de mon village. Que de souvenirs dans cette salle ou l’on pouvait fumer, emmener snoopy, le charmant cocker d’A.M. Ou l’on ouvrait les volets à l’entracte et d’où mon père est venu, un jour, me tirer par l’oreille (la honte !) parce que j’y étais avec un petit ami qu’il n’approuvait pas.
Ledit copain qui m’apprenait à conduire, à l’age de 15 ans, sur sa magnifique Ferrari sur la route de Klei3at.
Abou Nassif, le boulanger, un vrai de vrai ! Et Emm Nassif qui déconseillait sévèrement, et le plus sérieusement du monde, à ma mère le port du « bantlaoun » arguant que ça empêchait d’avoir des enfants.
Les érbené, délicieuses petites brioches rondes, légèrement sucrées, sur lesquelles l’on se rue encore aujourd’hui, avec nostalgie, lorsque l’on en trouve.
La boutique de Aisar Amer ou l’on passait des heures, avec les enfants, à choisir les feux d’artifice du 15 aout et du 15 septembre.
Les brindilles de pins que l’on récoltait en vue des « abboulés » de ces soirs là.
Les puzzles de 5000 pièces, merveilleuse thérapie collective, pendant que Beyrouth croulait sous les bombes. Ces projectiles qui ont même sauvagement violé notre doux abri en 1979.
Les bains de soleil à poil.
Et William ! Qui montait sur la lunette des wc de l’étage supérieur, inoccupé, de son château, pour se rincer l’œil.
Et Dib, qui puait la chèvre à des kilomètres, mais qui avait les meilleurs arichés et jebné khadra.
Les match boxes enfouies dans le sable, sous les balançoires.
Le bassin ou pas un poisson rouge n’a pu survivre, mais dans lequel pas un enfant qui n’y ait fait un involontaire plongeon.
Les pêchers, les pruniers, les pommiers, la vigne.
Les rosiers, les marguerites, la lavande.
Les grenouilles, les lézards, les cigales.
Les sauterelles et les lucioles, pratiquement disparus.
Partis ? Comme nos jeunes ?
Ils s’en vont, tous. On dit « c’est la vie » qu’est ce que ça veut dire ? C’est aussi la vie de rester, non ?
Pas un jeune qui reste. Tout le monde s’en va. Et l’on demeure dans son monde déserté, abandonné, avec l’envie de pleurer.
Depuis quand les femmes ont-elles cessé de pleurer quand partent les hommes ou les enfants grandis ?
Fatiguée de malheur, de tristesse, de morts, (tous les jours, l’hélicoptère de l’hôpital Rizk passe en rase-mottes au-dessus de nos têtes ramenant son lot de soldats blessés de Nahr El Bared) de départs….
On dirait que le monde se détruit a plaisir, se dirige vers un devenir éphémère. Le présent n’est qu’un instant vacillant destiné à disparaître. La terre s’érode, les glaciers bougent, la canicule ravage l’Europe, brûlant les forets, 500 morts, rien qu’en en Hongrie, la grande Bretagne fait face à ses pires inondations depuis 60 ans….Déplacement perpétuel des choses vers le chaos….
Stabilité ? Vain mot de nos jours.
Il faut vivre un instant après l’autre, comme ils viennent.
Carpe Diem.
Dans mon autre village, on dit Ghallété (ma moisson)
Et ailleurs, encore, 7ayété, albé, 3youné, raou7é, 7achichet albé, nour 3aynayé…
Mais restons, pour l’heure, à Bikfaya, ce village de mon enfance, de mon adolescence, de ma courte vie de jeune mariée et de cette autre, tellement salvatrice, de jeune maman, puis de moins en moins jeune et, probablement, celui de mes vieux jours…si j’y arrive.
Bikfaya, nom composé en fait, très ancien, de langue syriaque.
Beit Kefaya, la maison en pierre ou la maison rocheuse.
MAISON. Quelle chance merveilleuse de posséder une maison en un temps où s’élèvent des immeubles qui ressemblent a des prisons!
C’est une maison ouverte, on entre, on sort, on est dedans, dehors, en un instant, elle renferme, avec le jardin qui l’entoure et sous le regard immuable des aïeux, Wanis et D3aibes, la mémoire de générations successives.
A l’occasion d’une nuit passée l à, dans un besoin pressant, urgent, impérieux et vital d’échapper à la tension de la ville et surtout à ses BRUITS ! Les souvenirs ont afflués, pêle mêle, sans chronologie aucune, s’emmêlant, se chevauchant, ignorant souverainement la notion de temps.
La fête des fleurs a Bikfaya, avec ses corseaux fleuris, son ambiance bon enfant et les amis qui affluaient de partout.

Les déjeuners de mouloukhie les dimanches, table ouverte.
Les ballades à Naas ou à Delb, à pied ou à vélo. Naas, célèbre pour son eau à haute teneur en fer et Delb, pour son sable rouge qui maculait, années après années, nos shorts et nos pantalons à force de dévaler les pentes sur nos arrière- trains !
Le chocolat mou de Bachir, bien avant qu’il ne devienne une chaîne.
Le cinéma de mon village. Que de souvenirs dans cette salle ou l’on pouvait fumer, emmener snoopy, le charmant cocker d’A.M. Ou l’on ouvrait les volets à l’entracte et d’où mon père est venu, un jour, me tirer par l’oreille (la honte !) parce que j’y étais avec un petit ami qu’il n’approuvait pas.
Ledit copain qui m’apprenait à conduire, à l’age de 15 ans, sur sa magnifique Ferrari sur la route de Klei3at.
Abou Nassif, le boulanger, un vrai de vrai ! Et Emm Nassif qui déconseillait sévèrement, et le plus sérieusement du monde, à ma mère le port du « bantlaoun » arguant que ça empêchait d’avoir des enfants.
Les érbené, délicieuses petites brioches rondes, légèrement sucrées, sur lesquelles l’on se rue encore aujourd’hui, avec nostalgie, lorsque l’on en trouve.
La boutique de Aisar Amer ou l’on passait des heures, avec les enfants, à choisir les feux d’artifice du 15 aout et du 15 septembre.
Les brindilles de pins que l’on récoltait en vue des « abboulés » de ces soirs là.
Les puzzles de 5000 pièces, merveilleuse thérapie collective, pendant que Beyrouth croulait sous les bombes. Ces projectiles qui ont même sauvagement violé notre doux abri en 1979.
Les bains de soleil à poil.
Et William ! Qui montait sur la lunette des wc de l’étage supérieur, inoccupé, de son château, pour se rincer l’œil.
Et Dib, qui puait la chèvre à des kilomètres, mais qui avait les meilleurs arichés et jebné khadra.
Les match boxes enfouies dans le sable, sous les balançoires.
Le bassin ou pas un poisson rouge n’a pu survivre, mais dans lequel pas un enfant qui n’y ait fait un involontaire plongeon.
Les pêchers, les pruniers, les pommiers, la vigne.
Les rosiers, les marguerites, la lavande.
Les grenouilles, les lézards, les cigales.
Les sauterelles et les lucioles, pratiquement disparus.
Partis ? Comme nos jeunes ?
Ils s’en vont, tous. On dit « c’est la vie » qu’est ce que ça veut dire ? C’est aussi la vie de rester, non ?
Pas un jeune qui reste. Tout le monde s’en va. Et l’on demeure dans son monde déserté, abandonné, avec l’envie de pleurer.
Depuis quand les femmes ont-elles cessé de pleurer quand partent les hommes ou les enfants grandis ?
Fatiguée de malheur, de tristesse, de morts, (tous les jours, l’hélicoptère de l’hôpital Rizk passe en rase-mottes au-dessus de nos têtes ramenant son lot de soldats blessés de Nahr El Bared) de départs….
On dirait que le monde se détruit a plaisir, se dirige vers un devenir éphémère. Le présent n’est qu’un instant vacillant destiné à disparaître. La terre s’érode, les glaciers bougent, la canicule ravage l’Europe, brûlant les forets, 500 morts, rien qu’en en Hongrie, la grande Bretagne fait face à ses pires inondations depuis 60 ans….Déplacement perpétuel des choses vers le chaos….
Stabilité ? Vain mot de nos jours.
Il faut vivre un instant après l’autre, comme ils viennent.
Carpe Diem.
3 commentaires:
Quel beau voyage vers le village ou j'ai aussi passe mes vacances d'enfant. On etait a Himlaya, juste a cote de Bikfaya. Alors la lavande, Aisar Amer, Bouzett Bachir, j'avais oublie mais tu m'as rappele! Il est genial ton post, Claude
oui...
Bikfayyetna...
Et Panorama où, enfants, nous allions acheter des cadeaux pour les anniversaires des grands et des petits,
et les tentatives annuelles de continuer de passer entre les barreaux des fenêtres quand on avait oublié la clé à l'intérieur et que les parents faisaient la sieste estivale, où les seuls bruits étaient définitivement ceux de la nature,
et la rue bondée de voiture qui faisait notre joie lorsque la maison grouillait de monde.
et...
et...
et surtout pas une personne qui n'ait fréquenté cette maison qui n'ait pas un souvenir nostalgique, cocasse, doux ou amoureux dans ce lieu. Chacun y va de son histoire de mémoire une fois sur place pour le bonheur de tous.
et...
et...
et ça continue, merci la vie.
This is my first visit here, but I will be back soon, because I really like the way you are writing, it is so simple and honest
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